BUSON 1716-1783
nekojita
titre
 
蕪村 BUSON (1716-1783)
 
nekontact ^..^
NIHON NO HAIJIN
Bashô
Buson
Le chat et moi
Hosai
Haïku de la mer
Issa
Ryôkan
Santoka1
Santoka2
Shiki
Sôseki
Taigi
 

Une solitude plus grande que l’an dernier la fin de l’automne

Alliant son grand talent de poète à une sensibilité de peintre, et puisant toujours son inspiration dans l’expérience de la nature, Buson atteint dans son haïku une liberté d’expression et un lyrisme rarement égalés. Vers la fin de sa vie, l’illustre peintre-poète se consacre exclusivement à la poésie. Il enseigne alors à ses élèves la nécessité d’étudier respectueusement les œuvres du passé afin que se perpétue l’idéal des grands maîtres. Pour lui, il n’est de vraie poésie que dans une symbiose harmonieuse de soi avec le monde ; le poète ne peut atteindre aux sommets du lyrisme qu’à partir d’une sensibilité authentique et un sentiment profond de la fugacité du temps.

Traductions en français :
66 haïku de Buson
, Verdier 2004 - Traduction de Joan Titus-Carmel.
Le parfum de la lune, Moundarren 2002 - Traduction de Cheng Wing Fun.

茶の花や
白にも黄にも
おぼつかな

les fleurs des théiers
blanches ou jaunes ?
difficile à dire

cha no hana ya
shiro nimo ki nimo
obotsu kana

梨の花
月に文読む
女あり

le poirier en fleurs
sous la lune
une femme lit une lettre

nashi no hana
getsu ni fumiyomu
onna ari

指貫を
足でぬぐ夜や
朧月

avec le pied
j’enlève mon pantalon
la lune voilée

sashinuki* wo
ashide nugu yoya
oborozuki

* sashinuki : sorte de hakama serré aux chevilles

来て見れば
夕の桜実
となりぬ

venant les regarder à nouveau
le soir les fleurs
sont devenus fruits

kite mireba
yuu no sakura mi
tonari nu

短夜の
夜の間にさける
牡丹哉

nuit courte
la pivoine
a éclos

mijikayo no
yo no ma ni sakeru
botan kana

牡丹切って
気のおとろへし 
夕かな

la pivoine coupée
je me sens las
ce soir

botan kitte
ki no otoroeshi
yugata kana

寂として
客の絶間の
牡丹哉

quiétude
entre deux visiteurs
la pivoine

sabi toshite
kyaku no taema no
botan kana

牡丹散て
打かさかりぬ
二三弁

tombés de la pivoine
superposés
deux ou trois pétales

botan chite
uchi kasanarinu
ni san ben

古井戸や
蚊に飛ぶ魚の
音闇し

dans le vieux puits
d’un poisson sautant sur un moustique
le bruit noir

furu ido ya
ka ni tobu uo no
oto yami shi

しののめや
鵜をのがれたる
魚淺し

à l’aube
les poissons qui ont échappé aux cormorans
nagent dans les gués

shinonomeya
u wo nogaretaru
uo asashi

蚊の声す
忍冬の花
散る毎に

la rumeur des moustiques
chaque fois que tombe
une fleur de chèvrefeuille

ka no kowasu
suikazura no hana
chiru gotoni

月今宵
盲突き 当り
笑いけり

soirée de pleine lune
un aveugle se heurtant à moi
éclate de rire

tsuki koyoi
mekura tsuki atari
warai keri

茨野
夜お美しき
虫の声

dans le champ envahi par les ronces
magnifique, la nuit,
le chant des insectes

kusabukino
yo outsukushiki
mushi no koe

我園の
まくおも盗
こころ哉

dans mon jardin
cueillant un melon
j’ai l’impression de le voler

agaen no
maku omo nusumu
kokoro kana

白蓮を
切らんとぞおもふ
僧のさま

s’apprêtant à couper
un lotus blanc
le moine hésite

shiro hasu wo
kiran tozo omou
sô no sama

たたづめば
遠くも聞ゆ
蛙かな

m’arrêtant
j’entends au loin
le chant des grenouilles

tata zumeba
tookumo kikuyu
kaeru kana

朧月
蛙ににごる
水や空

la lune voilée
le chant des grenouilles brouille
l’eau et le ciel

oborozuki
kaeru ni nigoru
mizu ya sora

山嵐
早苗を撫て
ゆくへかな

la bourrasque de la montagne
caresse les pousses de riz
puis poursuit son chemin

yama arashi
sanae wo nadete
yukuhe kana

稲妻に
こぼるる音や
竹の露

un éclair
le bruit de la rosée qui gouttte
dans les bambous

inazuma ni
koboruru oto ya
take no tsuyu

動く葉も
なくおそろしき
夏木立

pas une feuille ne bouge
terrifiant
le bosquet en été

ugoku hamo
naku osoroshiki
natsu kodachi

鍋釡も
ゆかしき宿や
けさの露

poêles et casseroles
dans la maison plaisantes à voir
ce matin de rosée

nabe kama ya
yukashiki yado ya
kesa no tsuyu

貧乏に
追ひつかれけり
けさの秋

par la pauvreté
rattrapé
matin d’automne

binbô ni
ohitsukare keri
kesa no aki

温泉の底に
我足見ゆる
けさの秋

au fond de la source chaude
je vois mes pieds
matin d’automne

onsen no soko ni
ware ashi miyuru
kesa no aki

底のない
桶こけありく
野分かな

un seau sans fond
roule
tempête d’automne

soko no nai
oke kokeariku
nowaki kana

いねぶりて
我にかくれん
冬籠

assoupi
caché en moi-même
réclusion hivernale

ineburite
ware ni kakuren
fuyu gomori

裾に置て
心に遠き
火桶かな

près des pieds
loin du cœur
le brasero

susoni oite
kokoroni tooki
hioke kana

洟たれて
独碁をうつ
夜寒かな

la goutte au nez
disputant seul une partie de go
nuit froide

hana tarete
hitori gowo utsu
yosamu kana

落書の
壁をおはれむ
今日の雪

les graffiti sur le mur
tristounets
ce matin de neige

rakugaki no
kabe wo oharemu
kyô no yuki

雪の旦
母屋のけぶりの
めでたさよ

matin de neige
de la fumée monte de la cuisine
réjouissante

yuki no asa
omoya no keburi no
medetasa yo

雪の暮
鳴はもどつて
居るような

neige au crépuscule
la bécasse est revenue
semble-t-il

yuki no kure
naki wa modotte
iru yôna

雪折も
聞えてくらき
夜なる哉

le bruit des branches qui cassent sous la neige
j’entends dans l’obscurité
de cette nuit

yukiore mo
kikoete kuraki
yonaru kana

いざや寝ん
元日は又
翌の事

je vais me coucher
le jour de l’an aussi
est une affaire de demain

izaya nerun
ganjitsu wa mata
yoku no koto

闇の夜に
終る暦の
表紙かな

dans le soir sombre
la couverture du calendrier
qui se termine

yami no yo ni
owaru koyomi no hyôshi kana

遅き日や
雉子の下り居る
橋の上

la journée s’étire-
un faisan vient se poser
sur le pont de bois

osoki hi ya
kiji no oriiru
hashi no ue

朧月
蛙ににごる
水や空

la lune brumeuse-
troublés par une grenouille
l’eau et le ciel

oborozuki
kawazu ni nigoru
mizu ya sora

梅が香の
立のぼりてや
月の暈

montant jusqu’au ciel
parfum des fleurs de prunier-
halo de la lune

ume ga ka no
tachinoborite ya
tsuki no kasa

春雨や
ものがたり行く
蓑と傘

ondée printanière-
devisent en s’éloignant
paille et parapluie

harusame ya
monogatari yuku
mino to kasa

橋なくて
日暮せんとする
春の水

nul pont par ici
et le jour qui s’assombrit-
les eaux de printemps

hashi nakute
hi bosen to suru
haru no mizu

春雨や
もの書ぬ身の
あはれなる

pluie de printemps-
celui qui ne peut écrire
comme il devient triste !

harusame ya
mono kakanu mi no
aware naru

遅き日の
つもりて遠き
昔かな

les lentes journées
qui se suivent – que c’est loin
la vie d’autrefois 

osoki hi no
tsumorite tôki
mukashi kana

家にあらで
鴬聞かぬ
ひと日かな

loin de la maison
sans entendre un rossignol
toute une journée !

ie ni arade
uguisu kikanu
hitohi kana

釣鐘に
止りて眠る
胡蝶かな

sur la grosse cloche
il s’est posé pour dormir-
ah ! le papillon

tsurigane ni
tomarite nemuru
kochô kana

梅ちりて
淋しくなりし
柳かな

Les fleurs de prunier
tombant –comme il se sent seul
le saule pleureur !

ume chirite
sabishiku narishi
yanagi kana

散るたびに
老行く梅の
梢かな

Chaque fleur qui tombe
les fait vieillir davantage-
branches de prunier !

chiru tabi ni
oi-yuku ume no
kozue kana

畑うつや
道問ふ人の
見えずなりぬ

Les travaux des champs-
l’homme demandant sa route
est perdu de vue

hata utsu ya
michi tou hito no
miezu narinu

つつじ咲て
片山里の
飯白し

azalées en fleur
ici à Katayama
la blancheur du riz

tsutsuji saite
Katayama-zato no
meshi shiroshi

春の海
終日のたり
のたり哉

la mer au printemps
tout au long de la journée
sa danse ondulante ! 

haru no umi
hinemosu notari
notari kana


きのふの空の
ありどころ

Ah ! le cerf-volant
dans le ciel d’hier aussi
à ce même endroit

ikanobori
kinô no sora no
aridokoro

水に散て
花なくなりぬ
岸の梅

En tombant dans l’eau
les pétales disparaissent-
prunier sur la rive

mizu ni chitte
hana nakunarinu
kishi no ume

鴬の
なくや小さき
口あいて

ah ! le rossignol
pour chanter il n’ouvre que
son bec minuscule

uguisu no
naku ya chiisaki
kuchi aite

鴬の
鳴くやあら向き
こちら向き

Ah ! le rossignol
chantant de ce côté-là
de ce côté-ci

uguisu no
naku ya achimuki
kochiramuki

行き暮れて
雨漏る宿や
糸桜

à la nuit tombante
une auberge au toit qui fuit-
cerisier pleureur

yuki kurete
amemoru yado ya
itozakura

雲を呑んで
花を吐くなる
吉野山

avalant des nuages
puis recrachant des pétales-
le mont Yoshino

kumo o nonde
hana o kaku naru
Yoshino yama

花に来て
花にいねぶる
いとまかな

venant vers les fleurs
m’assoupissant sous les fleurs-
ah ! quel passe-temps

hana ni kite
hana ni ineburu
itoma kana

菜の花や
月は東に
日は西に

Ah ! fleurs de colza
avec la lune à l’est et
le soleil à l’ouest

na-no-hana ya
tsuki wa higashi ni
hi wa nishi ni

筏土の
蓑やあらしの
花ごろも

le manteau de paille
du batelier sous l’orage-
une robe à fleurs

ikadashi no
mino ya arashi no
hanagoromo

きのふ暮
けふ又くれて
ゆく春や

hier a pris fin
aujourd’hui prend fin aussi
le printemps s’en va ! 

kinô kure
kyô mata kurete
uku haru ya

ゆく春や
逡巡として
遅ざくら

la fin du printemps-
hésitantes, les dernières
fleurs de cerisier

yuku haru ya
shunjun to shite
osozakura

手燭して
庭ふむ人や
春おしむ

chandelle à la main
l’homme parcourt son jardin
pleurant le printemps

teshoku shite
niwa fumu hito ya
haru oshimu

けふのみの
春をあるいて
仕舞けり

C’est le dernier jour
du printemps- je l’ai fini
en me promenant

kyô nomi no
haru o aruite
shimai keri

涼しさや
鐘をはなるる
鐘の声

Ah ! quelle fraîcheur
quand s’échappe de la cloche
la voix de la cloche

suzushisa ya
kane o hanaruru
kane no koe

みじか夜や
毛むしの上に
露の玉

Quelle courte nuit !
sur le dos de la chenille
perles de rosée

mijikayo ya
kemushi no ue ni
tsuyu no tama

五月雨の
名もなき川の
おそろしき

Averses d’été-
une rivière sans nom
rendue redoutable

samidare no
na mo naki kawa no
osoroshiki

山蟻の
あからさまなり
白牡丹

fourmi de montagne
devenue enfin si nette—
la pivoine blanche !

yamaari no
akarasama nari
shirobotan

夏川を
越す嬉しさよ
手に草履

Rivière d’été-
quel plaisir de la franchir
sandales en main

natsu kawa o
kosu ureshisa yo
te ni zôri

稲妻に
こぼるる音や
竹の露

éclairs de chaleur-
ah ! le bruit de la rosée
tombant des bambous

inazuma ni
koboruru oto ya
take no tsuyu

貧乏に
追ひつかれけり
けさの秋

ah ! la pauvreté
m’a saisi à l’improviste
ce matin d’automne

binbô ni
oitsukare keri
kesa no aki

笛の音に
波もより来たる
須磨の秋

au son de la flûte
les vagues aussi se lèvent-
l’automne à Suma

fue no ne ni
nami mo yorikitaru
Suma no aki

梨の木に
寄つてわびしき
月見かな 

auprès du poirier
je suis venu solitaire
contempler la lune

nashi no ki ni
yotte wabishiki
tsukimi kana

船頭の
竿とられたる
野分かな

Ah ! le batelier
sa perche arrachée des mains-
tempête d’automne

sendô no
sao toraretaru
nowaki kana

三たびないて
聞えずなりぬ
雨のしか

Il brama trois fois
puis on ne l’entendit plus
le cerf sous la pluie

mi tabi naite
kikoezu narinu
ame no shika

鹿ながら
山影門に
入日かな

Le cerf, la montagne-
leur ombre devant la porte
ah ! soleil couchant

shika nagara
yamakage mon ni
irihi kana

きくの露
受て硯の
いのち哉

Ah ! le chrysanthème-
sa rosée redonne vie
à mon bâton d’encre

kiku no tsuyu
ukete suzuri no
inochi kana

去年より
また淋しいぞ
秋の暮

Une solitude
plus grande que l’an dernier-
la fin de l’automne

kyonen yori
mata sabishii zo
aki no kure

出家して
親在す里の
紅葉かな

Renonçant au monde
le village de mes parents-
ses érables rouges !

shukke shite
oya imasu sato no
momiji kana

山くれて
紅葉の朱を
うばひけ

Le mont s’assombrit
éteignant le vermillon

des feuilles d’érable

yama kurete
kôyô no shu o
ubai keri

山は暮れ
野はたそがれの
すすき哉

Le mont s’assombrit
la nuit tombe sur les champs-

l’herbe des pampas !

yama wa kure
no wa tasogare no
susuki kana

身にしむや
亡妻の櫛を
閨に踏む

Ah ! quelle douleur-
trouvant par terre le peigne
de ma femme morte

mi ni shimu ya
natsuma (bôsai) no kushi o
neya ni fumu

西吹くば
ひがしにたまる
落葉かな

Quand ça souffle à l’ouest
elles s’entassent à l’est
les feuilles d’automnes !

nishi fukuba
higashi ni tamaru
ochiba kana

皿を踏む
鼠の音の
さむさ哉

Traversant l’assiette
une souris fait un bruit
terriblement froid !

sara o fumu
nezumi no oto no
samusa kana

我が骨の
布団にさわる
霜夜かな

Tous mes os
à même le futon-
nuit de gel !

waga hone no
futon ni sawaru
shimoyo kana

寒月や
僧に行き遭ふ
橋の上

Ah ! la lune d’hiver-
la rencontre avec un moine
au milieu du pont

kangetsu ya
sô ni yukiau
hashi no ue

寒月に
木を割る寺の
男かな

sous la lune froide
il coupe toujours son bois
le gardien du temple !

kangetsu ya
ki o waru tera no
otoko kana

斧入て
香に驚くや
冬木立

En plantant la hache
surpris par un tel parfum-
le bosquet d’hiver

ono irete
ka ni odoroku ya
fuyukodachi

寒月や
門なき寺の 天高し

Ah ! lune d’hiver-
depuis ce temple sans porte
que le ciel est haut

kangetsu ya
mon naki tera no
ten takashi

夕時雨
蟇ひそみ音に
うれふかな

un soir de pluie froide-
dans le cri sourd du crapaud
quelle détresse !

yûshigure
gama hisomi ne ni
ureu kana

時雨るるや
鼠のわたる
琴の上

tombe la bruine-
une petite souris
parcourt le koto

shigururu ya
nezumi no wataru
koto no ue

古池に
草履沈みて
みそれかな

dans le vieil étang
une sandale immergée
ah ! neige fondue

furu ike nizôri
shizumite
mizore kana

山寺の
硯に早し
初氷

Temple de montagne-
bientôt sur la pierre à encre
vient le premier gel

yamadera no
suzuri ni hayashi
hatsugôri

こがらしや
岩に裂行く
水の声

Ah ! vent froid d’hiver –
clameur de l’eau se brisant
contre les rochers

kogarashi ya
iwa ni sakeyuku
mizu no koe

しょう條として
石に日の入る
枯野かな

Le soleil se couche
solitaire sur des pierres
ah ! lande pelée

shôjô to shite
ishi ni hi no iru
kare no kana

冬川や
仏の花の
流れ来る

Rivière d’hiver —
fleurs offertes à Bouddha
emportées par l’eau

fuyukawa ya
hotoke no hana no
nagarekuru

裾に置きて
心に遠き
火桶かな

Au bas de ma robe
et pourtant loin de mon cœur
Ah ! le brasero

suso ni okite
kokoro ni tôki
hioke kana

芭蕉去て
その後いまだ
年暮ず

Bashô parti—
sans lui désormais l’année
n’aura pas de fin

Bashô satte
sono nochi imada
toshi kurezu

冬籠
心の奥の
よしの山

Retiré l’hiver
mais le cœur plein
du mont Yoshino

fuyugomori
kokoro no ôku no
yoshino yama

古井戸の
くらきに落る
椿哉

fleur de camélia
chutant dans les ténèbres
du vieux puits

furuido no
kuraini ochiru
tsubaki kana

畠主の
案山子見舞小て
戻りけり

Le propriétaire du champ
va prendre des nouvelles de l’épouvantail
puis revient

hatanushi no
kakashi mimaite
modori keri