HOSAI 1885-1926
nekojita
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HOSAI (1885-1926)

 
nekontact ^..^
NIHON NO HAIJIN
Bashô
Buson
Le chat et moi
Hosai
Haïku de la mer
Issa
Ryôkan
Santoka1
Santoka2
Shiki
Sôseki
Taigi
 

Hosai Ozaki (ou HOSAI) est né à Tottori en 1885.
La poésie semble avoir été la seule planche de salut de ce naufragé de la vie. Disciple et ami de Seisensui Ogiwara, qui préconisait un haïku libre, il tente d’abord pendant quelques années de s’intégrer dans la société. Il entre dans une compagnie d’assurances en 1912, après de solides études. Il la quitte en 1920, et tente d’aller faire fortune en Corée et en Mandchourie.
Malade et ruiné, il rentre au Japon en 1923. Abandonnant famille et métier, il commence alors une vie d’errance et de vagabondage, pour fuir une douleur morale qui le ronge. Il finira son existence misérable sur la petite île Shodo de la Mer Intérieure, le 7 avril 1926.
Il laisse derrière lui des poèmes bruts et bouleversants qui seront publiés après sa mort, et dans lesquels la solitude est tour à tour souffrance et source de réconfort. Il compose ses haïkus au hasard des routes, comme si « l’esprit détaché et la tête vide, on projetait hors de soi un chant intérieur. Faire de la poésie spontanément, exprimer sans retenue ses sentiments... ».

Traduction en français :

- HOSAI dans la boîte à clous tous les clous sont tordus, Moundarren 1997. Traducteurs : Cheng Wing fun & Hervé Collet. Transcription phonétique : neko

- Portrait d’un moineau à une patte (Folle Avoine, 1991) Traducteurs : Makoto Kemmoku et A. Kervern.

月夜帰り来て
長い手紙を
書き出す

Nuit de lune
une fois rentré
je commence une longue lettre

tsukiyo kaerikite
nagai tegami o
kakidasu

高波打ちかえす
砂浜に一人を
投げ出す

De hautes vagues fouettent le sable
seul, un homme
ayant renoncé à tout

takanami uchikaesu
sunahama ni hitori o
nagedasu

箱の
釘がみんな
曲って居る

Dans la boîte à clous
tous les clous
sont tordus

kugibako no
kugi ga minna
magette iru

海が少し見える
小さい窓一つもつ

On voit un peu la mer
par la petite fenêtre

umiga sukoshi mieru
chiisai mado hitotsu motsu

大松一本
雀に与へ庵ある

Dans mon ermitage
un grand pin solitaire
où se réunissent les moineaux

ômatsu ippon
suzume ni atae io aru

咳をしても一人

Je tousse pourtant je suis seul

seki o shite mo hitori

おつかり病人になって
柳の糸が吹かれるる

Je suis bien malade
les branches graciles du saule
dans le vent

otsukari byônin ni natte
yanagi no itoga fukareruru

春の山のうしろから
煙が出だした

La colline au printemps
derrière monte
une fumée

haru no yama no ushiro kara
kemuri ga dedashita

花屋の
はさみの音
朝寝してをる

Le bruit du sécateur
chez le fleuriste
je fais la grasse matinée

hanaya no
hasami no oto
asane shite oru

魚屋が
魚読みあぐる
陽だまり

Le poissonnier
énumère à voix haute ses poissons
dans un coin ensoleillé

uoya ga
uoyomiaguru
yôdamari

妻を叱りてぞ
暑き陽に
出で行く

Après avoir réprimandé ma femme
sous le soleil brûlant
je sors marcher

tsuma o shikarite zo
atsuki yô ni
dedeyuku

乞食の
大きな乳房かな

de la mendiante
l’opulente
poitrine

jokojiki no
ookina chibusa kana

牛の眼なつかしく
堤の夕の
行きずり

dans le regard d’un bœuf
une douce nostalgie
sur le quai où je passe ce soir

ushi no me natsukashiku
tsutsumi no yû no
yuki zuri

別るるものに
蝉の声の
遠しや

disant adieu
le chant des cigales le soir
s’amenuise

wakaruru mono ni
semi no koe no
tooshiya

先ばかりに生きて
鳴く蝉よ
一心

au petit jour
les cigales déjà chantent
de tout leur coeur

sakibakari ni ikite
naku semi yo
isshin

草の穗の
一匹の蟻にも
大空

sur la pointe d’une herbe
une fourmi
sous le ciel immense

kusa no ho[saki] no
ippiki no ari ni mo
ôsora

落葉掃き居る
人の後ろの往来を
知らず

j’ai balayé les feuilles mortes
ceux qui passent
ne se rendent compte de rien

ochiba haki iru
hito no ushiro no yukiki* o
shirazu

*ôrai

砂浜
ヒヨツコリ人らしいもの
出て来る

sur la plage
soudain
quelqu’un semble apparaître
sunahama
hiyokkori hito rashii mono
dete kuru

静かなる
かげを動かし
客に茶をつぐ

calmement
l’ombre bouge
et verse du thé à son invité
shizukanaru
kage o ugokashi
kyaku ni cha o tsugu

あそべつて書いて居る
手紙を鶏に
覗かれる

sur la lettre
qu’allongé j’écris
le coq se penche
asobetsute kaite iru
tegami o niwatori ni
nozokareru

つくづく淋しい
我が影よ
動かして見る

profonde solitude
je bouge mon ombre
histoire de voir
tsukuzuku sabishii
waga kage yo
ugokashite miru

もやの中
水音逢ひに
行くなり

au milieu du brouillard épais
le bruit de l’eau
vers lequel je me dirige
moya no naka
mizuoto ahini
yukunari

便所の
落書が
秋となり居る

dans les toilettes
des graffiti
l’automne approche
benjo no
rakugaki ga
aki to nari iru

刈田で
鴉の顔を
まちかに見た

dans la rizière moissonnée
le visage du corbeau
si proche
karita de
karasu no kao o
machikani mita

雨の日は
御灯ともし
一人居る

jour de pluie
à la lumière d’une lampe
seul
ame no hi wa
gohitomoshi
hitori iru

つめたい風の耳
かたくついてる

le vent glacial
à mes oreilles obstinément
s’accroche
tsumetai kaze no mimi
kataku tsuite iru

財布
はたいてしまひ
つめたい鼻だ

mon porte-monnaie
complètement vide
le nez gelé
saifu
hataite shimai
tsumetai hana da

夕べ
ひよいと出た
一本足の雀よ

ce soir
à l’improviste paraît
un moineau à une patte
yûbe
hiyoito deta
ippon ashi no suzume yo

雀のあたたかさ
握る
はなしてやる

la douce chaleur du moineau
serré dans mes mains
puis relâché
suzume no atatakasa
nigiru
hanashiteyaru


振り替える我 
足跡もなく

sur la grève
j’ai beau me retourner
plus de trace de pas

gagisa
furikaeru waga
ashiato mo naku

障子
しめさって
淋しさをみたす

la porte coulissante en papier
fermée
la solitude s’installe
shôji
shimesatte
sabishisa o mitasu

マッチの棒で
耳かいて
暮れてる

avec une allumette
je me gratte les oreilles
la nuit tombe
machi no bô de
mimi kaite
kureteru

打ちそこねた
釘が首を
曲げた

j’ai manqué mon coup
la tête du clou
est toute tordue
uchisokoneta
kugi ga kubi o
mageta

山に昇ぼれば 
淋しい村が
皆見える

quand je monte sur la colline
tous les villages
me semblent tristes
yama ni noboreba
sabishii mura ga
minna mieru

漬物おけに
塩ふれと母は
生んだか

" Va saler les légumes ! "
mère ne suis-je né
que pour cela ?
tsukemono oke ni
shio fure to haha wa
unda ka

豆を煮詰める
自分の一日
だった

pour cuire des haricots
tout ce jour
était à moi
mame o nitsumeru
jibun no ichinichi datta

我顔ぶら下げて
誤りに行く

la tête ballante
je vais découragé
pardon pour tout
waga kao burasagete ayamari ni yuku

冬川に
塵を流して
戻る

dans les eaux de l'hiver
je jette les ordures
et je reviens
fuyu-kawa ni
gomi o nagashite
modoru

一日
もの言わず
蝶の影さす

sans un mot
tout le jour
l’ombre d’un papillon
ichinichi
mono iwazu
cho no kage sasu

夕ひょいとでた
一本足の雀よ

dans le soir
sur une seule patte
moineau boitillant
yube hyoito
deta ippon-ashi no
suzume yo

門をしめる
大きな音さして
お寺が寝る

Le portail se referme
dans un grand bruit
le temple s'endort
mon o shimeru    
ooki na oto sashite 
o-tera ga neru